SOS - J-P BRUNET EN RUSSIE 2
Le 23 juin 00

Environnement
La Russie en crise

De retour de la Sibérie de l'Est, le président de Sauvons notre Seine, Jean-Pierre Brunet, constate que les Russes doivent mieux gérer leur environnement.

Daniel BAHUAUD

Peut-on parler de l'environnement en Russie, alors que l'économie du pays est en déroute et que la pauvreté sévit d'un bout à l'autre de son très vaste territoire? Le président de Sauvons notre Seine - Save Our Seine (SOS), Jean-Pierre Brunet, qui du 18 au 29 mai était en Sibérie de l'Est, estime que oui.

Nous n'avons pas le choix, lance-t-il. Je suis très conscient que bien des Russes ont faim et que leur économie va de mal en pis. Depuis 1993, le taux d'inflation en Russie a augmenté de plus de 2000 % et le pays a accumulé une dette de 103 milliards $. Par contre, la crise environnementale a pris une telle ampleur qu'on ne peut plus se permettre de l'ignorer.

La dissolution de l'Union soviétique en 1991 a vite mené à l'écroulement de l'infrastructure économique, entraînant des répercussions énormes sur l'environnement. Le gouvernement canadien estime que près de 15 % de la superficie du plus grand pays au monde devrait être classé zone de désastre environnemental.

À peu près 40 millions d'habitants occupent ces régions. La Sibérie de l'Est, jadis l'orgueil industriel de l'URSS, a été particulièrement touchée par la crise. " Irkoutsk et ses environs étaient dotés de raffineries pétrolières, de stations hydroélectriques et d'usines de transformation de l'aluminium, explique Jean-Pierre Brunet. Les soviétiques avaient même construit un énorme aqueduc pour transporter l'eau chaude d'une centrale aux communautés individuelles.

Maintenant, tout est délabré, poursuit-il. C'est difficile de croire qu'il s'agit du même pays qui faisait concurrence aux Américains dans l'espace et la production des armes. L'aqueduc régional tombe en pièces et partout, gisent des voitures abandonnées par les Russes qui n'ont plus les moyens de les réparer. Les égouts d'Irkoutsk se jettent dans la rivière Kaya, qui, en plus, est polluée par le mercure et par l'acétone produit par le charbon des industries locales. L'acétone fait même fondre les vieux pneus qu'on trouve dans la rivière! Inutile de dire qu'il n'y a plus de poisson. Et pourtant, il y a 30 ans à peine, on se baignait dans la Kaya. Maintenant, l'espérance de vie chez les hommes de la région est de 55 ans.

Face à de telles difficultés, il serait facile de désespérer. Jean-Pierre Brunet voit la situation d'un autre œil. Le résidant de Saint-Boniface estime que malgré tout, les Russes peuvent gagner du terrain. " Il faut surtout fournir aux Russes des modèles à suivre en passant à l'action, affirme-t-il. Et nous sommes bien placés pour le faire, puisque la géographie du Canada ressemble de beaucoup à celle de la Russie. Si nous pouvons partager le fruit de notre expérience dans les domaines du recyclage et du nettoyage de rivières, dans un esprit d'ouverture qui n'a rien à voir au colonialisme américain, nous aurons fait les premiers pas vers le succès.

C'est dans cet d'esprit d'ouverture que Jean-Pierre Brunet a présenté aux résidants d'Irkoutsk les stratégies qui ont mené au nettoyage de la rivière Seine à Winnipeg. " SOS a réussi parce que nous avons nettoyé et reboisé les berges de la Seine petit à petit, souligne-t-il. Les gens d'Irkoutsk étaient encouragés de voir que nous avons prix dix ans à arriver au bout de notre travail. Lorsqu'on est allé ensemble débuter le nettoyage de la Kaya, ils se sont mis à la tâche avec cœur, même si la plupart d'entre eux n'avaient pas de bottes en caoutchouc!

Comme les Canadiens, les résidants d'Irkoutsk sont très fiers, poursuit-il. Ils veulent, eux aussi, prendre soin de leur petit coin de pays. Je leur ai rappelé que leurs ancêtres avaient rebâti leur ville en dix ans, après la grande incendie de 1897, qui avait rasé cette perle de la Sibérie. L'effort était alors gigantesque, mais les Russes d'aujourd'hui sont les égaux de leurs ancêtres, et arriveront, eux aussi, à leur but. Leur survie en dépend.

Le séjour de Jean-Pierre Brunet fait partie des mesures entreprises depuis 1998 par le conseil canadien des ministres de l'Environnement et l'Association canadienne du développement international.

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Jean-Pierre Brunet et Tony Gariano d'Environnement Canada nettoient la rivière Kaya, près de la ville d'Irkoutsk en Russie.
Photo : gracieuseté Jean-Pierre Brunet




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